Comment nommer les nuages que l'on voit ?
La première étape ne demande aucun instrument : il suffit de regarder la forme et la hauteur. Un nuage fin, étiré en fils ou en crochets, très haut dans le ciel, est un cirrus. Quand ces fils s'étalent en voile laiteux qui blanchit tout le ciel sans le cacher, c'est un cirrostratus. De petits ronds serrés, comme des écailles de poisson, forment un cirrocumulus. Ces trois familles vivent tout en haut et annoncent souvent un changement de temps.
Au milieu du ciel, les altocumulus ressemblent à des galets ou à des morceaux de ouate détachés ; les altostratus forment un voile gris uniforme qui laisse encore deviner le soleil ; le nimbostratus est ce plafond gris sombre d'où tombe une pluie continue.
En bas, le cumulus est le nuage de beau temps, blanc, bombé, avec une base plate. Le stratocumulus s'étale en rouleaux ou en plaques grises. Le stratus est une couche basse et uniforme, et le brouillard n'est rien d'autre qu'un stratus posé au sol. Le cumulonimbus, lui, monte en tour ou en enclume : c'est le nuage d'orage, celui qui donne les averses brutales.
Pour aller plus loin dans cette lecture, un guide en français sur la reconnaissance à l'œil nu des nuages et des phénomènes lumineux de l'atmosphère, Nommer le ciel, détaille les dix genres par étage et la méthode d'observation, avec la nébulosité en octas, les espèces, les variétés et les hauteurs. C'est utile quand on veut passer du simple coup d'œil à une description précise, car une teinture se rate souvent parce qu'on a confondu deux ciels voisins.
Un repère simple pour débuter : la nébulosité se compte en octas, c'est-à-dire en huitièmes de ciel couvert. Zéro octa, ciel entièrement dégagé ; quatre octas, moitié de ciel occupé ; huit octas, ciel bouché. Ce chiffre suffit à trier les ciels entre eux avant même de nommer les nuages.
Comment passer d'une couleur de ciel à une teinte de tissu ?
Le passage se fait en trois gestes : repérer la couleur dominante, la décaler d'un cran, puis la tester sur un échantillon.
Repérez d'abord la couleur dominante, en plissant les yeux pour ne plus voir les détails. Un ciel de cirrostratus donne un blanc laiteux légèrement bleuté. Un ciel de cumulus donne un blanc franc, avec des ombres qui tirent sur le bleu-gris. Un ciel de nimbostratus donne un gris moyen, sans éclat. Un ciel de cumulonimbus donne un gris ardoise, parfois traversé de jaune ou de violet.
Décalez ensuite d'un cran. Un ciel très clair se traduit bien par un tissu un ton plus soutenu, sinon la couleur disparaît sur la peau. Un ciel sombre se traduit par un tissu un ton plus clair, sinon la pièce devient lourde. C'est le même principe que pour assortir ses tissus à sa couleur de cheveux : on ne copie pas la teinte, on la décale pour que l'ensemble respire.
Testez enfin sur un échantillon. Coupez un carré de dix centimètres dans la même fibre que le projet, teignez-le, laissez sécher complètement, puis regardez-le en plein jour et à l'ombre. Une teinture change beaucoup entre l'état mouillé et l'état sec : le mouillé paraît toujours plus foncé.
Quelles teintes pour quel type de ciel ?
Pour un ciel de cirrus ou de cirrostratus, restez dans les blancs cassés, les gris perle et les bleus très pâles. Ces ciels sont lumineux et froids : les teintes chaudes jurent avec eux. Un lin lavé, un coton gris clair ou un voile bleu pâle fonctionnent bien.
Pour un ciel de cumulus, cherchez les blancs chauds, les crèmes et les beiges clairs, avec des ombres bleu-gris en rappel. C'est le ciel des après-midi d'été : les teintes douces et lumineuses s'y accordent.
Pour un ciel de nimbostratus ou de stratus bas, assumez les gris moyens, les gris verts et les bruns froids. Ces ciels sont plats : une couleur trop vive crée un contraste brutal, une couleur trop terne s'éteint. Le gris moyen est souvent le bon milieu.
Pour un ciel de cumulonimbus, osez les gris ardoise, les bleus profonds et les violets sourds. Ces ciels sont spectaculaires : ils supportent des teintes soutenues, à condition de garder une valeur sombre et non saturée.
Comment lire la lumière du ciel pour préparer une teinture ?
La lumière du ciel ne se contente pas de donner une couleur : elle donne aussi une intensité. Un ciel voilé diffuse une lumière douce et égale, qui convient aux teintures délicates et aux bains courts. Un ciel dégagé, en milieu de journée, donne une lumière dure qui écrase les nuances : mieux vaut teindre le matin ou en fin d'après-midi.
Les phénomènes lumineux de l'atmosphère sont des repères utiles. Un halo de 22 degrés autour du soleil, avec parfois des parhélies, signale des cirrostratus : lumière voilée, teintes froides. Un arc-en-ciel de 42 degrés, avec parfois un arc secondaire, apparaît quand le soleil est bas et la pluie proche : lumière rasante et chaude, teintes dorées. Les couronnes et les gloires, plus discrètes, indiquent des nuages en gouttelettes fines.
Pour la teinture, retenez deux règles. D'abord, notez l'heure et l'état du ciel au moment du bain : une même recette donne deux résultats différents selon la lumière du jour. Ensuite, gardez une fiche par bain, avec la date, le ciel, la quantité de colorant et le temps de trempage. Au bout de quelques essais, vous saurez quel ciel donne quelle teinte chez vous.
Comment s'entraîner sans se tromper ?
Commencez par un carnet d'observation. Chaque jour, notez en trois lignes : le genre de nuage dominant, la nébulosité en octas, la couleur du ciel. Ajoutez un carré de tissu teint ce jour-là, agrafé à la page. En quelques semaines, vous aurez une bibliothèque de teintes liées à des ciels réels, et non à des nuanciers abstraits.
Ne cherchez pas la reproduction exacte. Un ciel change toutes les dix minutes : la teinte d'un tissu, elle, reste. L'objectif n'est pas de copier le ciel, mais de garder de lui une impression juste, celle qu'on reconnaît en regardant la pièce finie.
Enfin, travaillez petit. Un carré de tissu coûte peu, se teint vite et se jette sans regret. C'est en multipliant les petits essais qu'on apprend à traduire un ciel en couleur, geste après geste.
Source : meteofrance.com.