- Le bouton se juge au revers : matière, queue, poids, froid au contact.
- Le tissu se juge dans le poing : il doit résister à un léger étirement en biais.
- L'odeur d'humidité est rédhibitoire, elle ne part jamais vraiment.
- Un bouton seul ou une série incomplète n'est pas un défaut : c'est un usage.
- On négocie un lot, pas un euro.
Où regarder, et quand
Les boutons et les tissus anciens ne sont pas aux étals les plus visibles : ils dorment dans les cartons sous les tables, dans les boîtes à biscuits ouvertes au dernier moment, chez les vendeurs de linge de maison et chez ceux qui vident des ateliers. Arriver tôt sert à voir avant les autres ; arriver en fin de matinée sert à discuter les prix. Le calendrier des vide-greniers se consulte sur Brocabrac, qui recense les dates et les lieux commune par commune.
Pour les rendez-vous fixes, les brocantes parisiennes ont leurs habitués et leurs spécialités. Le magazine Le Cartel tient un carnet des brocantes parisiennes et des méthodes du chineur, de la visite de l'avenue de Saxe à la lecture d'un poinçon d'argenterie : utile pour arriver avec les bons réflexes plutôt qu'avec un plan vague.
Comment reconnaître un bouton ancien ?
Retournez-le. La nacre irisée, irrégulière, froide au contact, est l'objet courant des trouvailles les plus sûres ; le corozo, matière végétale veinée, se reconnaît à son grain ; le métal ancien a du poids et souvent une marque. Les boutons à queue forgée ou cousue appartiennent à une époque où le bouton se réparait plutôt qu'il ne se jetait.
Le plastique n'est pas à écarter d'office : la galalithe des années 1930, mate et dense, vaut le détour. Ce qu'on refuse, ce sont les boutons cassants, fendus au trou, ou dont la queue manque sans possibilité de remplacement.
Un tissu ancien peut-il encore se coudre ?
Froissez un coin dans le poing et écoutez : un coton ou un lin sain a un son plein, sans craquement de fibre sèche. Étirez doucement en biais : le tissu doit rendre sans céder. Passez le doigt sous la lisière : elle doit être dense. Les plis blanchis, les feutrages et les odeurs de renfermé signent un tissu qui se conservera mal, voire qui se déchirera au premier lavage.
Les cotons et lins d'avant-guerre survivent souvent mieux que les synthétiques des années soixante, dont la fibre a vieilli en surface. Un tissu incertain ne se jette pas : il s'encadre, il devient une housse peu sollicitée, ou il fournit des rubans et des revers de poche.
Le prix juste, et le geste
Les boutons se vendent au lot, au poids ou à la boîte ; les coupons de tissu à la pièce ou au mètre. Proposez un geste sur un ensemble plutôt qu'un euro de moins sur une pièce, et acceptez le prix quand il est déjà raisonnable : la brocante fonctionne à la confiance autant qu'à l'euro. Repartir avec une boîte de boutons triés, deux coupons de lin et le nom d'un vendeur régulier est une bonne matinée.
Ce qui a passé le test du revers, du poing et du nez mérite un lavage doux avant de rejoindre l'atelier : eau tiède, savon neutre, séchage à plat.